Documentation historique et militaire
Celui qui n’a pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre - Sun Tzu


Les opérations aériennes durant la guerre de Corée


La guerre de Corée est sans conteste le premier engagement majeur d’avions à réactions.
SOMMAIRE
Les forces en présence
Implication Soviétique et Chinoise
Rapports d’engagements
Epilogue
MOTS-CLES
Pays : Etats-Unis , U.R.S.S , Chine
Période : Guerre Froide , Années 1950
Conflits : Corée
Type d`opération : Aérienne

La guerre de Corée, qui débute en juin 1950 et s’achève par la signature d’un cessez-le-feu en juillet 1953, est la première guerre où l’aviation à réaction ait joué un rôle significatif.

On se permettra d’abord un bref rappel historique. Au début de l’été 1950, la Guerre Froide est pleinement engagée entre les Etats-Unis et l’URSS et ses récents alliés. Staline est toujours Premier Secrétaire du Parti et mène d’une poigne de fer la politique soviétique.

La Corée est occupée depuis la réddition du Japon, en septembre 1945, par les deux grands vainqueurs de la Seconde guerre mondiale. Les zones d’occupations sont définies au nord et au sud du 38eme parallèle nord. Cependant, à l’image de ce qu’il se passe en même temps en Allemagne, les occupants décident bien vite de créer des états independants dans leurs zones. Ainsi naissent la République Populaire Démocratique de Corée (Nord), et la République de Corée (Sud).

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La Corée à la veille de la guerre

C’est sans aucun soutien préalable du bloc soviétique que la Corée du Nord attaque sa voisine, le 25 juin 1950. Immédiatement, les Etats-Unis obtiennent des Nations Unis le droit de former une force d’intervention qui doit libérer la Corée du Sud du joug communiste. Dix-neuf pays occidentaux, dont la France, participent à cette coalition.

Le propos de cet article n’est pas de détailler les opérations terrestres, très violentes, mais les opérations aériennes qui sont une part importante de cette guerre.

Les avions des forces des Nations Unis soutinrent les forces terrestres soit directement au combat, soit en détruisant les lignes de ravitaillement chinoises, les terrains d’aviation nord-coréens, les lignes de chemin de fer, les ponts, les usines hydroélectriques et les centres industriels de la Corée du Nord. Les forces nord coréennes et chinoises opposèrent tout ce qu’elles avaient pour réduire la supériorité aérienne des Nations Unis. Même si elles ne parvinrent jamais à inquiéter cette supériorité au-dessus des zones contrôlées par les Nations Unis, elles rencontrèrent cependant un certains nombre de succès au dessus de leur propres territoires, notamment dans la fameuse Mig Alley.

Les forces en présence

- Nations Unies :

Les forces aériennes des Nations Unis sont essentiellement issue des forces américaines. Trois armées aériennes (La cinquième, la treizième et la vingtième Air Force) sont engagées sous le commandement général de la Far East Air Force. A cela on ajoutera le groupe aéro-naval, comprenant les appareils embarqués sur pas moins de 36 porte-avions !

Fin juillet 1953, à la conclusion de la guerre donc, les forces aériennes des Nations Unis sont les suivantes :

- 128 B-26 Marauder
- 218 F-84 Thunderjet
- 297 F-86F Sabre

Et plusieurs centaines d’avions embarqués. Un total de 800 pilotes, soutenus par 59’700 personnels au sol, serviront en Corée pour le compte des Nations Unis. Il s’agit, encore une fois, principalement de personnel américain.

- Corée du Nord :

La Corée du Nord commence la guerre avec une force aérienne relativement modeste, composée de 239 appareils, tous à moteurs à pistons. On compte 129 Yaks, 43 IL-10S et quelques Po-2 et autres appareils.

Dans les premières semaines du conflits, l’armée de l’air Nord Coréenne sera largement surclassée par les forces des Nations Unies, si bien que le 22 juillet 1950, elle est réduite à seulement 65 avions !

En fait l’armée de l’air Nord Coréenne ne jouera en elle même qu’un rôle mineur lors du conflit. Ce sont les Chinois et surtout les Soviétiques qui assureront le gros des combats sans que cela ne soit clairement explicités. En effet il est évident que, malgré la menace nucléaire, les Etats-Unis n’auraient pas pu faire autrement que de déclarer la guerre à l’URSS s’il était publiquement reconnu que des pilotes et des machines Soviétiques combattaient en Corée.

A la fin de la guerre, environ 125 MiG-15 sont directement sous le contrôle des Nord Coréens.

- Chine Populaire :

Dès les derniers jours du mois de juin 1950 la République populaire de Chine déploie sa première brigade aérienne en Corée du Nord, sa composition est la suivante : 38 MiG-15, 39 La-11, 39 Tu-2 (bombardiers), 25 Il-10 (attaque au sol), et 14 Yak-12 (entrainement).

Le 1er Septembre 1951, on estime que pas moins de 525 MiG-15 servaient sous les cocardes nord-coréenne. Début juin 1952, les forces aériennes de la Chine populaire sont de l’ordre de 1’830 avions dont un millier de chasseurs.

Le 31 juillet 1953, la Chine populaire possède encore sur le théatre coréen neuf corps de chasseurs (près de 500 MiG-15) et deux corps de bombardiers (54 Tu-2).

Implication Soviétique et Chinoise

Les Soviétiques fourniront une grande partie de l’effort de guerre aérien avec les Chinois. En effet, les pilotes nords coréens étaient loin d’être aussi bien formés au maniement des fameux MiG-15 que les affrontements ne le laissaient entendre. A plusieurs reprises des pilotes occidentaux rapporteront avoir put clairement apercevoir des pilotes de MiG-15 à la trop forte carrure pour des Asiatiques, des Russes probablement…

Le 10 octobre 1950, Staline promet d’envoyer à la Corée du Nord du matériel militaire et de transférer pas moins de 16 régiments de l’Aviation Soviétique afin de garantir la protection des territoires Chinois et Nord Coréens. C’est près de 72’000 Soviétiques qui serviront, sur trois années, en Corée et en Chine.

La qualité supérieure des pilotes Chinois et surtout Soviétiques permettra de faire de l’Armée de l’Air Nord Coréenne un opposant tout à fait raisonnable face aux forces de l’ONU.

Cela est encore plus vrai puisque avant la mise en service du F-86 Sabre, les USA et leurs alliés ne disposent d’aucun avion capable de rivaliser avec le MiG-15, le meilleur chasseur du monde à cette époque !

Afin de combattre plus efficacement le MiG-15 les USA tenteront par tous les moyens d’en obtenir un exemplaire intact. Devant le peu de volonté à la défection dans les rangs communistes, les USA iront jusqu’à offrirent en avril 1953 une récompense de 100’000$ (une forte somme pour l’époque, assortie également à l’asile politique) pour un appareil intact… Aucun MiG-15 cependant ne se présentera avant la fin de la guerre et ce n’est qu’en septembre de l’année 1953 qu’ils obtiendront un appareil des mains d’un défecteur qui, étrangement, affirmera ne pas être au courant de la récompense promise.

Rapports d’engagements

Au 25 juin 1951, les Nations Unies revendiquent 391 avions détruits ou endommagés au cour de la première année de guerre. Les pertes sont les suivantes : 188 chasseurs, 33 bombardiers, 9 transports et 17 divers. Ce jour, 89 F-86 "Sabre" sont déployés en Corée et le nombre total de MiG-15 disponible pour les communistes est de l’ordre de 445.

Le 1 juillet de la même année, Les Nations Unies reconnaissent 246 appareils perdus (surtout due à la DCA selon eux), 857 morts et disparus. Plus de 200 MiG sont revendiqué comme ayant été détruits.

En avril 1952, Les Nations Unies rapportent 243 avions détruits et 290 avions endommagés en un mois. Un total de 771 avions aurait été détruit par la DCA Nord Coréenne du 1er septembre 1951 au 30 avril 1952. Les Américains affirment de plus que le rapport MiG détruits pour F-86 détruits est de 11 pour 1 !

Le 26 juin 1952 les statistiques suivantes sont publiées par les Nations Unies :

Nations Unies : 1’180 victoires confirmées, dont 336 MiG, 75 victoires probables, 513 avions endommagés.

Communistes : 637 victoires confirmées (DCA comprise).

A partir du moment où les forces communistes refluent, l’essentiel des combats aériens entre les chasseurs des Nations Unies et des Communistes se dérouleront dans la zone connue sous le nom de MiG Alley, i.e l’allée des MiG. Opérant depuis des bases sur le territoire chinois les MiG-15 parviendront à s’opposer avec succès aux forces occidentales, forcant notamment les bombardiers B-29 à ne plus opérer que de nuit. Même lorsque la situation au sol sera largement en leur défaveur les pilotes communistes continueront d’effectuer des sorties pour contester la supériorité aérienne des Nations Unies.

La zone de la MiG Alley correspond à tout ce qui ce trouve à l’ouest du triangle formé par les villes de Huichon, Changju et Sinanju (en Corée du Nord actuelle). Les avions occidentaux avaient l’interdiction de franchir la frontière chinoise pour attaquer les bases des escadrons de MiG mais, dans le feu de l’action, plusieurs avions franchirent effectivement cette frontière.

A la fin de la guerre, la République Populaire Démocratique de Corée publie un rapport qui estime les dommages infligés par l’arme aérienne :

- Plus de 8’700 usines détruites.
- Plus de 600’000 maisons détruites.
- 6’000 écoles et hopitaux détruits.

En tout, 40% du potentiel industriel du pays aurait été détruit. On notera la dramatisation de ce rapport qui insiste sur les destructions causées aux écoles, hopitaux et maisons alors que les combats firent des dégats similaires au sud ce qui n’est pas mentionné.

Epilogue

Finalement, on peut dire que la puissance aérienne joua un rôle clé : pour la première fois dans l’histoire, on fit usage en conditions opérationelles d’avions de combat à réaction (si on excepte le cas du Me-262).

La Chine était devenue une puissance aérienne et militaire majeure. La moitié de ses 1’400 chasseurs était des MiG-15, construits par les Soviétiques et étaient, à juste titre, considérés comme les meilleurs avions du monde. Opérant à partir de bases en Mandchourie et ne s’aventurant que très rarement au-dessus des lignes de l’ONU, les MiG-15 menacèrent néanmoins la suprématie aérienne de cette dernière, surtout au-dessus de la MiG Alley.

Il fallut attendre que les États-Unis produisent les F-86 Sabre pour que les forces de l’ONU aient enfin à disposition un avion capable de rivaliser avec le MiG-15.




Informations sur l'article
Publié par : Voice.hu

Date de publication : 10 novembre 2005
Dernière mise à jour : 10 juillet 2006
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